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Grandes figures de l'athlétisme | Actualité

50e anniversaire des JO de Montréal — 4. La participation québécoise


Il a été peu question des athlètes québécois dans les articles précédents. J’ai, bien sûr, évoqué Claude Ferragne et Robert Forget au saut en hauteur, et j’ai mentionné la 11e place de Jane Haist au lancer du disque. Or, ils étaient huit identifiés comme Québécois au sein de la délégation canadienne : six hommes, deux femmes.

 

Les huit de Montréal 76

  • Bishop Dolegiewicz, 23 ans : poids et disque
  • Claude Ferragne, 23 ans : saut en hauteur
  • Robert Forget, 21 ans : saut en hauteur
  • Jane Haist, 27 ans : disque
  • Dave Hill, 23 ans : 1500 m
  • Marcel Jobin, 34 ans : 20 km marche
  • Lucette Moreau, 20 ans : poids et disque
  • Daniel Taillon, 23 ans : 110 m haies

Ces huit athlètes constituaient 14 % de l’équipe canadienne (8 sur 56). C’était modeste, mais jamais le Québec n’avait été représenté par autant de participants en athlétisme aux Jeux olympiques.

Petit bémol à ce chapitre, deux des huit (Dolegiewicz et Haist) étaient des athlètes ontariens qui, deux ans avant les Jeux, avaient déménagé au Québec pour s’entraîner à Montréal sous la direction de Jean-Paul Baert et bénéficier du soutien financier de Mission Québec 76. Il y a bien eu quelques protestations (provenant, entre autres, du Parti québécois, alors dans l’opposition), mais les deux transfuges ont pu se préparer aux Jeux sans que soit vraiment remis en question leur statut temporaire de Québécois.

 

Six non sélectionnés

Les huit de Montréal 76 faisaient partie d’un ensemble de 14 athlètes identifiés par Mission Québec 76. C’est donc dire que six n’ont pas été sélectionnés, malgré leurs bonnes performances.

Les six non sélectionnés

  • Louise Béland, 21 ans : javelot
  • Francine Gendron, 20 ans : 800 m
  • André Lajoie, 23 ans : javelot
  • Claude Montminy, 22 ans : 100 m
  • Robert Raymond, 20 ans : 400 m
  • Tony Nelson, 25 ans : 110 m haies

Tony Nelson avait déjà participé aux Jeux olympiques, ceux de Munich en 1972, où il s’était classé 32e. Francine Gendron était pour sa part championne canadienne du 400 m haies (1974 et 1975), mais, malheureusement, cette épreuve n’était pas au programme des JO de Montréal et, au 800 m, elle n’était pas encore au même niveau que les trois qui furent sélectionnées (Hoffmann, Wenzel et Saunders).

Et manque de chance pour la plupart de ces athlètes, qui étaient encore jeunes au moment des Jeux de Montréal, le Canada allait boycotter les Jeux de 1980 à Moscou.

 

Pleins feux sur le saut en hauteur

Le saut en hauteur était l’épreuve qui intéressait le plus le public québécois et même canadien, car il réunissait trois sauteurs du pays, dont deux Québécois. Aussi, dès le tour de qualification, le 30 juillet, il y avait beaucoup de fébrilité dans l’air. Forget et Ferragne devaient se qualifier sans problème, pensait-on, il leur suffisait de franchir 2,16 m, une hauteur largement à leur portée. Trente-sept sauteurs étaient en lice, divisés en deux groupes.

Dans le premier groupe, Forget réussit son premier essai à 2,00 m, mais dut s’y reprendre trois fois pour franchir 2,05 m. Il fut éliminé à 2,10 m. Il avait été blessé à un genou avant les Jeux, rapporte-t-on, et n’avait pu s’entraîner comme il le fallait. La déception était néanmoins grande.

Dans le même groupe que Forget, Ferragne eut lui aussi quelques difficultés au départ (deux essais pour franchir 2,00 m, puis deux autres à 2,05 m), mais il ajusta son approche et réussit du premier coup à 2,10 m et 2,13 m. Il rata ensuite son premier essai à 2,16 m, mais réussit le second, c’était suffisant pour accéder à la finale.

Seuls 14 athlètes se disputeraient les médailles, parmi lesquels un autre Canadien, Greg Joy, dont le record personnel, réalisé trois mois auparavant, était de 2,25 m, soit le sommet qu’avaient aussi atteint Ferragne et Forget à peu près au même moment.

L’Américain Dwight Stones, qui aimait bien jouer les fanfarons, était le favori. Il détenait le record du monde, soit 2,31 m, réalisé deux mois plus tôt; il avait remporté pratiquement tous les concours auxquels il avait participé en 1975 et 1976, soit une vingtaine. Mais le public québécois était convaincu que Ferragne pouvait le battre.

Le ciel était couvert, chargé de nuages menaçants, quand la compétition s’ouvrit. La barre fut d’abord placée à 2,00 m. Ferragne passa son tour. Il franchit ensuite les barres à 2,05 m, 2,10 m et 2,14 m dès le premier essai. Les choses se gâtèrent à 2,18 m. Une pluie légère avait commencé à tomber. Ferragne rata ses deux premiers essais… comme Joy d’ailleurs. La pluie s’intensifiait. À son troisième essai, malgré l’appui de la foule, le Québécois échoua. Joy, lui, réussit.

Le concours se poursuivit à 10 concurrents, dans une zone détrempée et glissante. À 2,23 m, ils n’étaient plus que quatre. Le Polonais Wszola et l’Américain Stones n’avaient jusque-là commis aucune faute. Le Soviétique Budalov rata sa première tentative et décida d’attendre la prochaine hauteur pour poursuivre le concours. Wzola réussit du premier coup, tandis que Stones, visiblement ennuyé par le sautoir trempé et peut-être par les huées de la foule, fit chou blanc trois fois. Joy échoua à ses deux premiers essais, mais il pouvait s’assurer d’une médaille s’il relevait le défi au troisième. Ce qu’il fit avec brio, au grand bonheur des spectateurs.

À 2,25 m, il restait donc trois concurrents. Les trois échouèrent à leur premier essai. Wzola passa au deuxième, Budalov rata (son concours prenait fin, sans médaille), de même que Joy. Le Canadien, qui concourait pour l’or, opta pour une ultime tentative à 2,27 m. Ni lui ni le Polonais ne furent capables de franchir la barre à cette hauteur. Wzola obtenait l’or, Joy l’argent et Stones le bronze, comme à Munich. Ferragne, lui, repartait sans breloque, terminant à une honorable mais décevante 12e place au regard des attentes.

En 1978, j’ai fait avec Ferragne un bilan de sa carrière dans une entrevue pour la revue Loisir Plus. Quand je l’ai interrogé sur sa contre-performance de 1976 et lui ai demandé si son expérience aux Jeux de Montréal avait été éprouvante, voici ce qu’il m’a répondu : « Oui. […] En 1973, j’avais découvert la pression, je n’ai pas aimé ça. Mais je ne regrette rien, même pas ma performance aux Jeux. Après les Jeux, j’étais tout de même très déprimé, ce fut ma pire année. »

En 2012, dans une entrevue au Journal de Montréal, Ferragne s’exclamera, après avoir visionné une vidéo de sa prestation aux JO : « Encore aujourd’hui, je n’en reviens pas d’avoir raté ça. »

 

 La chute dramatique de Dave Hill

Au moment des Jeux de Montréal, le Trifluvien Dave Hill était de loin le meilleur coureur de demi-fond du Québec, mais la concurrence était forte au niveau national. Hill avait remporté le championnat canadien du 1500 m en 1974, mais Peter Spir avait conquis le titre en 1975 et Paul Craig était à peu près au même niveau. Hill et Craig avaient tous deux couru l’épreuve en moins de 3:40 min (3:39,9 pour Craig en 1974 et 3:39,7 pour Hill en juin 1976). En l’absence des coureurs africains, les trois pouvaient espérer se rendre en finale.

Craig afficha ses ambitions dès le premier tour, dans une course au train rapide, puisqu’il inscrivit un nouveau record canadien de 3:38,0 min. Il terminait 4e de sa vague, mais son chrono lui permettait d’accéder à la demi-finale. Dans la quatrième vague, Spir fit une chute, mais se releva et finit quand même la course, loin derrière les meneurs; il était éliminé. Dans la 5e et dernière vague, Hill joua de finesse. Avec un tour à faire, il était derrière et entreprit une remontée dans le droit opposé pour se retrouver 5e avec 200 m à faire. Il était 4e à la sortie du virage, puis termina 3e en 3:41,2 min. Tous les espoirs étaient permis.

Le drame s’est produit en demi-finale. En raison d’un début de course très lent, Hill décide de prendre la tête après 250 mètres et d’accélérer le train : 1er tour à 62,1 s, 2e tour à 2:01,6 min, 3e tour à 3:00,6 min. Avec 200 m à faire, Hill est toujours en tête, talonné par l’Allemand Wessinghage et le Néo-Zélandais Walker. Or, voilà qu’il trébuche et s’écroule sur la piste. Ses jeux sont terminés.

Que s’est-il passé? En l’absence de vidéo, difficile à dire. Je revois Dave comme embouteillé dans la courbe, peut-être bousculé, au moment où ses deux poursuivants le doublent, puis je le vois s’effondrer. Une scène qui fait mal! Voici comment le principal intéressé raconte cette catastrophe :

« Ça m’aurait moins fait mal de terminer dernier. Au moins j’aurais su ce que je vaux. Ce n’est pas très drôle de finir ça sur le dos, à 150 mètres de la ligne d’arrivée. J’étais bien placé pour entreprendre le sprint final. Je me sentais fort, j’étais prêt. Je ne sais pas ce qui s’est produit. Je me souviens d’un autre coureur qui a doublé Wessinghage, un choc, une brûlure à la jambe. C’est tout.

« Je sais cependant que je n’ai passé sur le pied de personne, comme m’a dit un commissaire de piste. Je sais aussi que je n’ai pas heurté le bord de la piste, comme m’ont dit certains témoins. J’ignore ce qui s’est produit exactement. La dernière réaction dont je me souviens, c’est d’avoir placé mes mains sur ma figure pour me protéger des coureurs qui suivaient. Ma dernière image de la course, c’est le soulier de Crouch qui m’enjambe.

(Propos publiés dans La Presse du 31 juillet 1976)

Quarante ans plus tard, il confiera au Journal de Montréal, qui soulignait le 40e anniversaire des JO de Montréal :

« Je m’étais qualifié pour la demi-finale et je me trouvais dans un groupe de cinq ou six coureurs lorsque l’un d’entre eux m’a fait trébucher en m’accrochant par-derrière. C’était mon rêve de prendre part aux Jeux olympiques de Montréal et voilà que je me retrouvais étendu sur la piste, devant cette immense foule. Je pense même avoir perdu connaissance durant quelques secondes. En me relevant, la foule s’est mise à m’applaudir et cela avait mis un baume sur ma déception. »

Après sa chute, Dave s’est relevé lentement, a regardé autour de lui et a trottiné vers la ligne d’arrivée sur la bordure de la piste, À la foule qui l’acclamait, il a répondu par un léger signe de la main. Il n’a invectivé personne, n’a montré aucune émotion particulière et s’en est allé.

Le lendemain, 31 juillet, Walker, qui s’était trouvé dans la mêlée qui avait entraîné la chute de Dave, a gagné la finale avec un chrono très lent (pour une finale olympique) de 3:39,2 min. Dave aurait pu les battre tous.

 

Marcel Jobin l’indestructible

À 83 ans, en 2025, le marcheur Marcel Jobin était toujours actif. Une carrière phénoménale qui s’étale sur plus de 60 ans. Au moment des JO de Montréal, il avait 34 ans, son palmarès comportait trois titres nationaux au 20 km marche, une 4e place au 20 km marche et une 6e place au 50 km marche des Jeux panaméricains de 1971, et une 7e place au 20 km marche de ceux de 1975. Il était maintenant prêt à affronter l’élite mondiale aux Jeux de Montréal.

Le 23 juillet, dans de bonnes conditions (26 oC, 59 % d’humidité), 30 marcheurs s’élancent sur le parcours de 20 km. Outre Jobin, le Canada est représenté par les vétérans Pat Farrelly, 41 ans, et Alex Oakley, 47 ans. Ce dernier en est à ses cinquièmes JO. Les trois n’ont cependant guère de chances de se classer parmi les premiers. La bataille est prévue surtout entre les trois marcheurs mexicains et les trois marcheurs est-allemands.

Le train est rapide. Au 15e kilomètre, un trio formé du Mexicain Bautista et des Est-Allemands Reimann et Frenkel s’est détaché. Jobin, qui était 14e après 5 km, a perdu du terrain, se retrouvant 23e. Les deux autres Canadiens sont lâchés. C’est le Mexicain qui l’emporte finalement, en un temps de 1:24:41 h, nouveau record olympique. Reimann et Frenkel gagnent l’argent et le bronze respectivement. Jobin, lui, a maintenu sa 23e place, terminant en 1:34:33 h. Farrelly se classe 33e et Oakley, 35e.

Pas vraiment déçu, le Québécois peut se satisfaire d’avoir battu tous ses rivaux des Jeux panam de 1975, sauf les Mexicains Bautista et Colin. Il confiera au journal La Presse : « Il y avait tout ce monde auquel je n’étais pas habitué. J’essayais de me dire “ Relaxe, Marcel, relaxe, ne les écoute pas ”… Quand t’es accoutumé à n’avoir que 10 personnes à tes courses! » […] Mon plus gros thrill, c’est quand je suis entré dans le Stade pour la première fois. J’essayais bien fort de ne pas pleurer. Pour moi, c’était ma médaille… J’avais enduré tellement de souffrances pour me retrouver là. »

Au journaliste Réjean Tremblay qui lui avait demandé « Tu continues? », Jobin a répondu : « Cet après-midi, je me suis répété au 15e kilomètre “Pourquoi tu fais ça, maudit fou? Cette fois, j’arrête!”, mais je sais que dans deux ou trois jours, quand je me réveillerai, que je me sentirai bien dans ma peau, l’envie de repartir me reprendra. Alors oui, je continue. Maintenant, j’ai l’expérience… »

Cinquante ans plus tard, aux dernières nouvelles, Marcel marche toujours.

 

Moreau double finaliste

Le Québec n’avait que deux représentantes aux JO de Montréal, toutes deux lanceuses de poids et de disque. Lucette Moreau, surprenante médaillée de bronze au poids aux Jeux panaméricains de Mexico l’année précédente alors qu’elle était encore d’âge junior, avait été sélectionnée au poids et au disque, tandis que Jane Haist, pourtant championne canadienne du poids en 1974, ne l’avait été qu’au disque.

Débarquée au Québec en 1973 en provenance de la Roumanie, la Montréalaise Carmen Ionesco aurait certainement renforcé la représentation canadienne, mais les efforts pour qu’elle obtienne la nationalité de son pays d’adoption n’avaient pas abouti. Septième au disque aux Jeux de Munich, championne canadienne du poids et du disque en 1975, Ionesco dut rester sur la touche. Elle sera sélectionnée au disque pour les JO de 1980 à Moscou, mais le Canada boycotta ces Jeux. Elle aura enfin une dernière chance aux JO de 1984 à Los Angeles, mais à 33 ans, elle ne pourra faire mieux qu’une 12e place au poids.

Le 28 juillet, elles ne furent que 15 à se présenter pour les qualifications du disque. Il suffisait d’atteindre 55 mètres pour passer à la finale du lendemain. Haist se qualifia avec un jet de 57,98 m à son deuxième essai, tandis que Moreau eut besoin de trois essais, projetant l’engin à 55,22 m à son troisième. En fait, toutes les lanceuses se qualifièrent ce jour-là, sauf deux. L’une des deux était la Polonaise Danuta Rosani, qui avait bien atteint le seuil requis (57,78 m), mais qui fut disqualifiée à la suite d’un test de dopage. Elle fut la seule participante en athlétisme à être disqualifiée pour dopage aux JO de Montréal.

En finale, Haist fut la meilleure des deux Canadiennes, atteignant 59,74 m à son premier lancer; ce jet lui valut la 11e place. Moreau ne put faire mieux que 55,88 m, elle aussi à son premier essai; au classement final, elle se retrouvait 13e et dernière.

« Je me demandais pendant que je lançais pourquoi j’avais tellement voulu être ici, déclara-t-elle à La Presse. Il y a plus de monde, ça crie plus tort… Pourtant je suis heureuse, contente d’avoir fait la finale. J’aurais aimé battre mon record personnel de 58,26 m, mais il me faudra attendre encore un peu… »

Les huit premières places sont toutes allées à des lanceuses des pays communistes, nettement plus fortes. On pense évidemment au dopage et au « système sportif » qui prévalait dans ces pays à cette époque. Qu’en pensait Lucette?

« Des gens m’ont dit : “Fais de ton mieux, Lucette, même si c’est juste une médaille de bronze.” Ils disaient ça sérieusement. Moi, je savais que c’était déjà beau que je me rende jusqu’ici. Qu’est-ce qu’ils vont dire en voyant qu’en finale, j’ai terminé 13e sur 13? Les filles des pays de l’Est ne s’entraînent pas comme nous. C’est poussé, étudié, on fabrique presque les championnes en usine. Moi, je n’ai jamais passé un examen médical de ma vie. »

On lui a naturellement posé des questions sur les stéroïdes. « Vous êtes en retard, a-t-elle répondu. C’est maintenant encore plus sophistiqué. […] C’étaient deux compétitions : la mienne et la leur. Mais je n’étais pas gênée. Ça allait bien. Ça va aller encore mieux en 1980. Mais je sais que je ne battrai jamais le record du monde. »

Le lendemain, 31 juillet, Lucette était de retour au Stade pour la finale du poids. Pas d’épreuve de qualification, que 13 concurrentes, dont 10 des pays du Bloc communiste. Pour défendre l’honneur des démocraties, une lanceuse de l’Allemagne de l’Ouest, une Américaine… et Lucette. Deux compétitions, comme elle disait! Résultat : les cinq premières à plus de 20 mètres, dont la gagnante, la Bulgare Khristova (21,16 m), et les deux dernières, l’Américaine et la Canadienne, à moins de 16 mètres.

Tout de même, pour Lucette, deux finales olympiques en deux jours! Mémorable!

 

Taillon et Dolegewicz : bof!

Daniel Taillon était le seul représentant du Canada au 110 m haies, mais son passage au Stade olympique fut très bref. Septième de sa vague en 14,23 s dans la troisième série du premier tour de qualification, et c’était fini. Son résultat était proche de son record personnel (14,18 s le 13 juin 1976 à Montréal), mais il lui aurait fallu taquiner les 14,00 s pour accéder à la demi-finale.

La contre-performance de Bishop Dolegiewicz fut encore plus marquée. Après avoir renoncé au poids pour cause de blessure à un poignet, le colosse canadien comptait bien se racheter au disque. Hélas, trois fautes de pied consécutives ont invalidé ses trois essais. Résultat : zéro marque. Lui qui avait déjà projeté l’engin à 65,32 m (en 1975) se retrouvait le bec à l’eau.

On ne s’en attristera pas trop cependant, car 14 ans plus tard, Dolegiewicz avouera à la Commission Dubin sur le dopage dans l’athlétisme canadien qu’il avait fait usage de produits dopants une bonne partie de sa carrière. Tous ses résultats et records furent annulés au niveau national.

 

Plus que des figurants

Somme toute, on pourrait presque affirmer que les Québécois aux JO de Montréal ont fait office de figurants. Mais je dirais plutôt qu’ils ont été des défricheurs. Le Québec partait de loin. L’athlétisme québécois commençait à peine à se structurer, son élite ne jouissait pas de conditions d’entraînement et de compétition très favorables (infrastructures déficientes, faible soutien financier, rares entraîneurs de haut niveau, etc.), le public, et même les journalistes (dixit Ferragne), n’y connaissaient pas grand-chose. Bref, les sélectionnés de Montréal se lançaient dans une aventure inédite sans trop savoir comment se comporter. « Quand t’es accoutumé à n’avoir que 10 personnes à tes courses! », comme le disait Marcel Jobin.

Nos représentants ont été en quelque sorte des pionniers. Je désire leur rendre hommage, en espérant que les quelques lignes que je leur ai consacrées les fassent connaître un peu à leurs successeurs.

Bishop, Jane, Claude et Robert sont décédés. À Lucette, Marcel, Daniel et Dave, je dis : manifestez-vous. Donnez signe de vie à Athlétisme Québec. C’est votre 50e, on veut vous remercier… en personne si possible.

 

FIN DE LA SÉRIE