Fermer×
Grandes figures de l'athlétisme | Actualité | Tous

Classements québécois de tous les temps en salle : 36 athlètes bousculent les hiérarchies


Par Denis Poulet

La saison en salle 2024-2025 avait été marquée par un retour en force des hommes dans les classements des meilleures performances québécoises de tous les temps. Cette prépondérance masculine s’est maintenue en 2025-2026 avec 21 hommes qui ont soit amélioré leur position dans le classement de leur épreuve, soit consolidé leur place en vertu d’une meilleure performance, soit accédé pour la première fois aux classements. Du côté féminin, on compte 15 femmes. Donc, un total de 36 athlètes ont animé les classements, signe que l’athlétisme québécois progresse toujours. L’année précédente, ils et elles étaient 38 (24-14). Cette année, 12 athlètes ont accédé pour la première fois à ces classements, soit 7 hommes et 5 femmes.

Comme c’est le cas depuis au moins une décennie, c’est dans les courses que les Québécois et les Québécoises se sont le plus distingués. Les concours (sauts et lancers) restent les parents pauvres de l’évolution de l’athlétisme québécois, mais il faut signaler la qualité des performances de quelques-uns à l’heptathlon, même si on ne peut parler de résultats de calibre international, ainsi que la belle progression des sœurs Tcheutchoua au lancer du marteau.

Autre caractéristique de la dynamique des classements, un très grand nombre de performances ont été réalisées à Boston. En fait, c’est la moitié exactement, soit 23 sur 46 (14/24 chez les hommes et 9/22 chez les femmes).

Meilleures performances québécoises de tous les temps en salle

 

Du côté masculin 

Robin Lefebvre le plus flamboyant

En 2024-2025, Robin Lefebvre (CSLS) avait dominé avec quatre records personnels. Or, il s’est manifesté avec autant de brio cette année avec quatre meilleures marques personnelles. Le 31 janvier à Boston, il a couru le mile en 3:55,85 min, soit plus de six secondes que sa meilleure performance de l’an dernier. Ce résultat lui permettait de passer de la 9e à la 3e place dans le classement, c’était aussi la 5e performance canadienne de l’année. En prime, Robin battait aussi son record personnel au 1500 m, grâce à un temps de passage officiel en 3:40,76 min. Là aussi, il grimpait de la 9e à la 3e place.

Robin n’était pas classé dans les dix premiers au 600 m et au 3000 m. L’y voici présent maintenant, soit 9e au 3000 m (7:58,22 min) et 10e au 600 m (1:18,56 min). Belle polyvalence, annonciatrice de belles choses pour la saison en plein air. Il n’y a qu’au 800 m que Robin n’a pu faire mieux que l’an dernier : il a glissé de deux positions (de 3e à 5e), en vertu du brio de trois de ses concurrents, tous passés sous 1:48 min (voir ci-dessous).

 

Justin O’Toole confirme au 800 m

Justin O’Toole avait démontré son beau talent au 800 m l’été dernier en éclipsant le record du Québec vieux de 22 ans d’Achraf Tadili, ce qui lui avait valu une sélection pour les Mondiaux au Japon, or le voici qu’il épate à nouveau, cette fois en salle, en battant le record d’Olivier Desmeules. Ça s’est passé le 22 février, lors du Saucony Battle for Boston, quand il s’est classé 2e en 1:46,27 min. C’était 25 centièmes de mieux que la marque de Desmeules, réalisée l’an dernier.

Justin constitue un cas particulier dans le portrait de l’athlétisme québécois. Né à Montréal, il habite aux États-Unis et c’est là que sa carrière athlétique (remarquable) se déroule le plus souvent. Il a porté notamment les couleurs de l’Université de Washington au cours des dernières années. Il s’est affilié à Athlétisme Québec en 2024, en tant qu’indépendant, ce qui a lui a permis d’accéder à l’équipe nationale l’an dernier. Sa performance de Boston cette année lui permettait de faire son entrée dans le top 10 québécois de tous les temps en salle. Ce chrono était par ailleurs le 3e de l’année au Canada.

Le brio de Justin jette un peu d’ombre sur les autres bons coureurs de 800 québécois. Le niveau dans cette épreuve s’est amélioré significativement au cours des dernières années. En plein air, quatre des dix meilleures performances ont été réalisées en 2024 et 2025, tandis qu’en salle, les cinq meilleures ont été accomplies au cours des deux dernières années. Alex Larochelle (CSLS) est notamment passé de la 5e à la 3e place, grâce à un chrono de 1:47,55 min le 31 janvier à Boston. Zakary Mama-Yari (CSLS) a lui aussi progressé, de 1:48,24 m à 1:47,87 min, mais, paradoxalement, il a reculé de deux rangs, se retrouvant à la 4e place, en raison des performances de Justin et Alex.

 

Émile Toupin explosif au 1000 m

Émile Toupin (ZENX) n’est peut-être pas le meilleur coureur de demi-fond québécois, il n’en a pas moins réalisé un bel exploit à Boston le 31 janvier quand il s’est classé 2e du 1000 m en 2:21,69 min, à 67 centièmes du record provincial de Charles Philibert-Thiboutot. C’était la meilleure performance canadienne de la saison.

 

Belle irruption de Gabriel Qureshi au 400 m

Gabriel Qureshi (CAUL) est un autre nouveau venu dans les classements. Il avait excellé au 400 m en plein air en 2025 (4e aux Championnats canadiens en 47,09 s), le voilà qu’il se fait valoir en salle avec un chrono de 47,62 s au Riverhawk Invitational de Boston le 7 février. Et hop, c’était la 3e performance québécoise de tous les temps.

 

Remue-ménage à l’heptathlon

Les épreuves combinées, on le sait, ne sont pas une force de l’athlétisme québécois. Quelques bons athlètes québécois s’engagent néanmoins dans ce défi avec succès depuis quelques années, même si les performances ne sont pas de calibre international. Six des 10 meilleures performances québécoises de tous les temps à l’heptathlon en salle ont été réalisées en 2025 et 2026. Marc-Olivier Bérard (SHER) a surgi à la 5e place en vertu d’un score de 5074 points le 21 février à Montréal et Marcus Legros (CSLS) apparaît à la 9e place grâce à son total de 4855 points le 24 janvier, également à Montréal. Ce sont là deux nouveaux venus dans le classement. Pour sa part, Kilty McGonigal (CSLS) a grimpé de la 9e place à la 7e, résultat de son pointage de 4956 points à Winnipeg le 7 mars.

Selon Athlétisme Canada, la meilleure performance québécoise de 2025-2026 dans cette discipline est celle d’Édouard Winter (5272 points à Montréal le 24 janvier), mais l’étudiant de l’Université de Montréal, d’origine française, n’est pas admissible aux classements québécois, ni aux records d’ailleurs. Le score d’Édouard est meilleur que le record provincial de 5252 points d’Emanuel Désilets l’an dernier.

 

Autres belles progressions masculines

  • Gabriel Monpoint (ZIND) au 200 m : de 10e à 3e (de 21,73 s à 21,39 s)
  • Xavier Perras-Phaneuf (CSLS) au 5000 m : de 10e à 2e (de 14:07,15 min à 13:33,31 min, record canadien U23)
  • Samuel Pinceau (SHER) au 60 m haies : non classé l’an dernier, maintenant 4e (de 8,04 s en 2024 à 7,90 s cette année)
  • Jean-Simon Desgagnés (CAUL) au 3000 m : toujours 3e au 3000 m, mais avec un nouveau PB de 7:45,64 min.

 

Du côté féminin

Nos meilleures sprinteuses toujours d’attaque

Audrey Leduc (GATI) reste la grande vedette de l’athlétisme québécois : elle a égalé deux fois son record québécois de 7,20 s au 60 m, en tête du classement, et, au 200 m, elle est passée de la 5e place à la 1re, en vertu d’un nouveau record provincial de 23,25 s, établi en Caroline du Sud le 14 février.

Les autres sprinteuses québécoises de haut niveau ont aussi progressé dans l’une ou l’autre épreuve.

  • Maria-Thérésa Ulysse (ALAV), absente des classements jusque-là, a fait son apparition au 60 m (9e à 7.38 s), au 200 m (8e à 24,11 s) et même au 60 m haies (9e à 8,37 s).
  • Donna Ntambue (MGOC), de son côté, a surgi à la 9e place du 200 m (24,18 s).
  • Marie-Éloïse Leclair (CSLS) a pour sa part franchi le cap de 38 secondes au 300 m, chronométrée en 37,99 s le 30 janvier en Pennsylvanie. Elle est ainsi 3e au classement de tous les temps avec une autre nouvelle venue, Julia Vallée (COCH), créditée d’un temps identique le 24 janvier à Montréal.

 

Progressions encourageantes en demi-fond

Le demi-fond féminin serait-il en mode « ralenti »? Simone Plourde (CSLS) et Florence Caron (CAUL) n’ont pas couru en salle cette année, mais on note quelques belles progressions d’autres coureuses.

Ainsi, Sabrina Lavigne (CAUL) est-elle apparue dans les classements du mile et du 1500 m grâce à ses bons chronos de 4:42,10 min et 4:21,92 min (temps de passage) le 22 février à Boston. Dans les deux cas, elle est maintenant 5e de tous les temps. Au 1000 m, elle est 10e, en vertu d’une performance de 2:45,55 min à Boston le 30 janvier.

Au 3000 m, Mia Larochelle (CAUL), non classée l’an dernier, a réalisé la 3e performance de tous les temps, 9:03,66 min le 30 janvier à Boston. Autre nouvelle venue dans ce classement, Mérédith Boyer (CALO) a obtenu un chrono de 9:19,64 min dans la même course, bon pour la 6e place du classement.

Morgane Drouin (ZENX) est passée de la 9e place à la 5e au 1000 m en vertu de son temps de 2:44,40 min le 30 janvier à Boston. Elle s’est aussi inscrite au classement du 800 m, où elle occupe la 9e place (2:07,32 min).

 

Les sœurs Tcheutchoua : lueur d’espoir dans les lancers

C’aurait pu être le calme plat dans les lancers, n’eût été du brio des sœurs Tcheutchoua (LSCA), Miranda et Aisling, au marteau. Aisling, la plus jeune (21 ans), a inscrit la 8e performance de tous les temps le 19 décembre à Québec quand elle a projeté l’engin de 20 lb à 18,39 m. Pour sa part, son aînée Miranda (24 ans) est passée de la 6e à la 3e place grâce à un tir de 19,36 m le 14 février à Nashville; c’était aussi la 3e performance canadienne de l’année.

Autre performance à signaler pour compléter ce bilan, les 6,10 m de Maoly St-Germain (CALO) à la longueur le 6 mars à Winnipeg. Elle est cependant restée 6e au classement.

 

Une lente évolution

Somme toute, une bonne saison pour l’élite de l’athlétisme québécois, mais depuis dix ans, soit l’année où j’ai compilé ces classements pour la première fois, on constate que l’évolution est lente. Si on compare les dixièmes performances dans chaque épreuve, il n’y a pas vraiment de bond spectaculaire.

C’est en demi-fond que la progression est le plus manifeste. En 2016, la 10e performance au 5000 m masculin était à 14:41,12 min, elle est en 2026 à 13:58,11 min, soit un gain de 43,01 secondes. Au 3000 m, le gain est de 13,12 secondes et au mile, de 8,50 secondes. Chez les femmes, progrès impressionnant de 9,67 secondes au mile et de 12,97 secondes au 3000 m.

Voici, pour terminer, le tableau comparatif complet.

10e performances comparées 2016-2026

 

Merci à Félix-Antoine Lapointe pour ses commentaires et suggestions de corrections