Forces et faiblesses de l’athlétisme québécois au fil des années – ARTICLE 8 : Les relais
Par Denis Poulet
Cette série se veut un regard historique sur les différents groupes d’épreuves en athlétisme au Québec et sur les athlètes qui s’y sont illustrés. Jusqu’à la fin des années 1960, quelques athlètes émergeaient de temps en temps pour briller sous les couleurs du Canada aux Jeux olympiques ou aux Jeux du Commonwealth (anciennement, Jeux de l’Empire). Les Montréalais Phil Edwards (triple médaillé de bronze aux 400 m, 800 m et 1500 m des JO de 1932 et médaillé de bronze au 800 m des JO de 1936) et Hilda Strike (médaillée d’argent au 100 m des JO de 1932) sont les figures dominantes à ce titre. Étienne Desmarteau (médaillé d’or au poids de 56 lb aux JO de 1904), Édouard Fabre (vainqueur du Marathon de Boston en 1915) et Gérard Côté (quadruple gagnant à Boston dans les années 1940) sont les seuls francophones à s’être distingués sur la scène internationale durant cette période.
On peut parler d’un développement plus systématique de l’athlétisme québécois à partir des années 1970. La Fédération québécoise se professionnalise, les clubs se multiplient dans l’ensemble de la province, les Jeux olympiques de 1976 à Montréal suscitent des vocations. Dès lors apparaissent des athlètes québécois de haut niveau, dispersés et dans toutes sortes de disciplines. Mais certaines épreuves, à certaines époques, concentrent le talent. Se constituent ainsi ce qu’on peut appeler « les forces de l’athlétisme québécois ». On pense notamment au saut en hauteur masculin, au marathon féminin et à la marche, mais l’excellence dans ces disciplines, et dans plusieurs autres, a varié selon les périodes. D’autres disciplines ont souffert de carences, comme les épreuves combinées, même si, sporadiquement, certains athlètes y ont atteint un niveau respectable.
Voici le huitième et dernier article de cette série, consacré aux relais.
- Les relais
Les relais en athlétisme constituent un groupe d’épreuves vraiment particulier. Ils servent souvent de conclusion spectaculaire aux grands rendez-vous, ils font sortir les athlètes de leur individualité pour concourir en équipe, ils permettent à des athlètes de l’ombre de contribuer aux succès de leur club, établissement scolaire, province ou pays. De longue date, il y a une forte identité collective qui se rattache aux relais. Paradoxalement, les relais font rarement l’objet d’une préparation soutenue et, souvent, sont le parent pauvre d’un grand nombre de compétitions.
Or, l’histoire montre que les relais sont une force de l’athlétisme, qu’ils galvanisent les foules et qu’ils sont très stimulants pour les athlètes. La médaille d’or de l’équipe canadienne masculine au 4 x 100 m des derniers Jeux olympiques a suscité une grande émotion dans le stade à Paris et dans tout le Canada. La liesse rappelait l’euphorie de la victoire canadienne dans la même épreuve aux JO de 1996 à Atlanta, quand Bruny Surin avait fait office de troisième relayeur.
Plusieurs Québécois et Québécoises ont contribué à des succès collectifs nationaux au cours de l’histoire. D’autre part, il y a eu des équipes du Québec formidables dans certaines compétitions, notamment les Jeux de la Francophonie, les Jeux du Canada et les Jeux de la Légion.
Les vieux oubliés
À une époque lointaine où l’athlétisme était une affaire exclusivement anglophone, où l’identité québécoise (ou même provinciale) n’existait pas, il y avait tout de même de bons athlètes dans la province, concentrés principalement à Montréal. L’un d’eux, Alex Wilson, participa aux JO de 1928 et 1932, contribuant aux deux médailles de bronze que le pays conquit au relais 4 x 400 m. Les temps étaient quand même pas mal : 3:15,6 min aux Jeux d’Amsterdam (1928) et 3:12,8 min à ceux de Los Angeles (1932). Wilson obtint par ailleurs une médaille d’argent au relais 4 x 440 verges des premiers Jeux du Commonwealth en 1930.
Après sa médaille d’argent au 100 m des JO de 1932, Hilda Strike en récolta une seconde, au relais 4 x 100 m. Puis, aux Jeux du Commonwealth de 1934, une autre médaille d’argent, cette fois au 4 x 100 verges.
Phil Edwards, le fameux coureur de demi-fond, a récolté deux de ses cinq médailles de bronze olympiques dans des relais 4 x 400 m (1928, 1932).
Plusieurs autres athlètes en provenance du Québec ont participé à des relais canadiens aux Jeux olympiques avant les années 1970 : Rosella Thorne au 4 x 100 m et John Carroll au 4 x 400 m de ceux de 1952, Diane Matheson au 4 x 100 m et Laird Sloan au 4 x 400 m de ceux de 1956, Joan Hendry au 4 x 100 m de ceux de 1968. Ils n’ont pas obtenu de médaille, mais ils ont fait leur part! Aux Jeux du Commonwealth de 1958, Diane Matheson contribua à l’effort canadien qui valut au pays une médaille de bronze au 4 x 110 verges.
L’incomparable Bruny Surin
Il n’y a pas qu’en raison de ses succès individuels que Bruny Surin est le meilleur athlète québécois de tous les temps, mais aussi à cause de sa contribution aux lauriers des équipes canadiennes de relais. La médaille d’or d’Atlanta au 4 x 100 m est certes son plus beau joyau, mais il y a aussi l’or aux Mondiaux de 1995 et 1997, et le bronze à ceux de 1993. Bruny était aussi de la partie quand l’équipe nationale a remporté l’or aux Jeux du Commonwealth de 1994. À noter que Bruny a partagé sa médaille de bronze des Mondiaux de 1993 avec Atlee Mahorn qui, à ce moment, était identifié comme un athlète du Québec.
Kimberly Hyacinthe, une vraie fille d’équipe
Meilleure sprinteuse québécoise pendant une bonne douzaine d’années (de 2008 à 2020 environ), Kimberly Hyacinthe a excellé dans les relais au plus haut niveau, aussi bien au 4 x 400 m qu’au 4 x 100 m, ce qui montre l’étendue de son talent… et de son esprit d’équipe.
En 2009, aux 6e Jeux de la Francophonie, à Beyrouth, au Liban, le Canada a remporté l’or dans les deux relais. Or, Kim, qui avait obtenu la médaille d’argent au 200 m (23,15 s), faisait partie des deux formations gagnantes, un exploit inusité dans les annales de l’athlétisme québécois. Au 4 x 100 m, le Canada a gagné en 44,78 s, devant la France et le Cameroun. Au 4 x 400 m, il a triomphé en 3:35,95 min, devant le Sénégal et le Maroc.
À la première édition des Mondiaux de relais, à Nassau, en 2014, Kim était de la partie, au 4 x 100 m; le Canada se classa 10e. L’année suivante, Kim était toujours là, mais cette fois le pays termina au pied du podium : une magnifique 4e place en 42,60 s, record national. À Pékin, la même année, aux Championnats du monde, le Canada se classait 6e, encore avec Kim comme seconde relayeuse. Kim a également contribué à la médaille de bronze du Canada aux Jeux panaméricains de 2015 et à la 4e place du pays aux Jeux du Commonwealth de 2014, dans les deux cas au 4 x 100 m.
L’étonnante Aiyanna Stiverne
Celle que Laurent Godbout qualifiait dans un article de « mystérieuse Québécoise » en raison de ses origines américaines et de son parcours atypique est l’athlète du Québec chez les femmes qui compte le plus de participations à des relais canadiens dans les grands rendez-vous internationaux. Aiyanna Stiverne a en effet pris part à cinq relais 4 x 400 m consécutifs aux Championnats du monde (2015, 2017, 2019, 2022, 2023), était du groupe qui a remporté la médaille d’or au 4 x 400 des Jeux du Commonwealth de 2022 et faisait aussi partie de l’équipe du 4 x 400 en ronde de qualification des derniers JO. Aux Mondiaux de 2022 et 2023, le Canada s’est classé 4e, à ceux de 2015, 7e. C’est vraiment un beau tableau de chasse pour notre Américano-Québécoise, par ailleurs moins heureuse dans ses résultats individuels sur le tour de piste.
Quand les sprinteuses québécoises d’aujourd’hui courent ensemble
Le premier article de cette série faisait état d’un âge d’or pour le sprint féminin québécois actuellement. La participation de nos meilleures sprinteuses aux relais canadiens des dernières années le démontre amplement.
Aux Relais mondiaux de 2024, à Nassau, aux Bahamas, l’équipe canadienne du relais 4 x 100 m incluait… trois Québécoises. Une grande première dans l’histoire de notre athlétisme! Marie-Éloïse Leclair, Audrey Leduc et Donna Ntambue ont ainsi assuré (avec le concours de l’Ontarienne Sade McCreath comme première relayeuse) une 7e place au Canada. On était alors au début de mai. Trois mois plus tard, aux JO de Paris, Marie-Éloïse et Audrey animaient de nouveau l’équipe nationale, laquelle établit un record national en qualification (42,50 s) puis se classa 6e en finale (42,69 s).
Aux Relais mondiaux de 2025, à Guangzhou, en Chine, l’équipe canadienne était à nouveau composée de trois Québécoises en qualification : Marie-Éloïse et Audrey bien sûr, mais aussi Catherine Léger. La 2e place du Canada dans sa série lui ouvrait la porte de la finale. Catherine dut cependant céder sa place à l’Ontarienne Jacqueline Madogo (Sade McCreath faisait aussi partie du quatuor) et l’effort collectif valut une 5e place au pays, avec un nouveau record national à la clé : 42,46 s.
Au premier relais 4 x 100 m mixte de l’histoire de cette compétition, le Canada a frappé un grand coup : une médaille d’or! C’est Marie-Éloïse qui assurait le second relais. Quelle belle prestation!
Trois mois plus tard, aux Mondiaux de 2025, à Tokyo, Marie-Éloïse et Audrey étaient toujours là, au relais 4 x 100 m, contribuant, en tant que 3e et 4e relayeuses, à la 7e place du Canada. En qualification, l’équipe nationale battit à nouveau le record du Canada, le portant à 42,38 s.
Ainsi, depuis quelques années, les sprinteuses québécoises « comptent » vraiment au niveau national quand vient le temps des relais. Et il y a de la relève. Aux derniers Championnats canadiens, à Ottawa le 4 août 2025, une équipe du Québec a réalisé le deuxième temps de l’histoire québécoise au relais 4 x 100 m en bouclant le tour de piste en 44,78 s. La surprise, c’est que cette équipe n’incluait aucune des têtes d’affiche du sprint québécois (Leduc, Leclerc, Ntambue, Green, Léger), mais que des « seconds violons » si on peut dire : Roxane Tedga, Maria-Thérésa Ulysse, Julia Vallée et Frédérique Chiasson. Une équipe B en quelque sorte! C’est dire la profondeur du sprint féminin québécois actuel.
Contributions diverses
Bien d’autres athlètes du Québec ont participé à des relais de grands championnats ou de Jeux au cours de l’histoire. Nicolas Macrozonaris a fait partie deux fois de l’équipe nationale au relais 4 x 100 m des JO, soit à ceux de 2000 et 2004, mais le Canada n’est pas allé très loin dans la compétition. Par contre, aux JO de Pékin, en 2008, Hank Palmer a contribué à l’impressionnante 5e place du Canada.
Autre belle contribution, passée sous le radar, celle de Karine Belleau-Béliveau à la 6e place du pays au relais 4 x 800 m des Relais mondiaux de 2015, à Nassau. Audrey Jean-Baptiste a fait partie des équipes du 4 x 400 m aux Relais mondiaux à Nassau en 2017, aux Mondiaux de Pékin la même année (Canada 7e) et aux Jeux du Commonwealth de 2014 (Canada 4e). Lemlem Ogbasilassie, qui a surtout excellé au 800 m, a participé au relais 4 x 400 m des Mondiaux de 2011, sans toutefois faire d’éclat (élimination du Canada en qualification).
En 2016, aux Jeux de Rio, le Canada s’est classé 6e au relais 4 x 100 m avec Farah Jacques comme première relayeuse. En 2017, aux Relais mondiaux à Nassau, Farah était toujours de la partie, mais le Canada a été disqualifié en finale. Et manque de chance (ou de préparation), l’équipe nationale, qui incluait encore Farah, fut de nouveau disqualifiée aux Relais mondiaux de 2019 à Yokohama, au Japon. Par ailleurs, Farah a participé à de nombreux relais 4 x 400 m aux États-Unis avec des coéquipières canadiennes.
En 2009, aux 6e Jeux de la Francophonie, à Beyrouth, au Liban, Kimberly Hyacinthe n’était pas la seule Québécoise dans les équipes de relais nationales. Geneviève Thibault, gagnante du 100 m (en 11,55 s), était également membre du quatuor canadien au 4 x 100 m. Dernière relayeuse, elle a su remonter la Française Ruet pour assurer la victoire au Canada.
En remontant plus loin dans le temps, on trouve Alexandre Marchand, notre grand spécialiste du 400 m haies, au sein de l’équipe du 4 x 400 m des Mondiaux de 1999, éliminée en qualification, ainsi que Jean-Marie Louis, un coureur de 400 (46,97 s en 2000), membre de l’équipe canadienne du relais 4 x 400 m des Mondiaux de 2001.
Soulignons enfin la médaille d’argent que Christine Slythe a remportée à titre de relayeuse au 4 x 400 m des Jeux panaméricains de 1983.
Les équipes du Québec aux Jeux de la Francophonie
Les Jeux de la Francophonie, institués en 1989, ont beaucoup perdu de leur attrait, mais ils ont été une fabuleuse occasion pour le Québec de démontrer son excellence sportive dans plusieurs sports, y compris l’athlétisme. La province pouvait en effet y être représentée à part entière, tout comme un pays (le Nouveau-Brunswick aussi, d’ailleurs).
Il y a eu ainsi des équipes de relais exclusivement québécoises à certains Jeux, mais pas à tous. Les athlètes québécois étaient parfois intégrés à l’équipe canadienne, comme ce fut le cas en 2009 quand Kimberly Hyacinthe et Geneviève Thibault ont remporté des médailles d’or au 4 x 100 m et au 4 x 400 m (voir ci-dessus).
Étonnamment, c’est au relais 4 x 400 m masculin que le Québec en tant qu’équipe distincte a connu ses plus beaux succès aux Jeux de la Francophonie. Même si la province n’a pas eu beaucoup de coureurs de 400 de niveau supérieur au cours de l’histoire, elle a su se démarquer à quelques Jeux grâce à des efforts collectifs remarquables dans le relais du quatre-tours de piste.
À Paris, en 1994, aux 2e Jeux, le quatuor québécois formé de Steve O’Brien, Michel Genest-Lahaye, Patrice Doucet et John Étienne se classe 6e en 3:11,69 min, un record du Québec. À Tananarive, au Madagascar, aux Jeux suivants, en 1997, John Étienne et Michel Genest-Lahaye sont toujours là, mais ils ont pour coéquipiers Winston Banks et Rova Rabemananjara, ce dernier de retour dans son pays natal. Cette fois, le Québec fait 5e et brise la barrière des 3:10 min. Le chrono de 3:08,20 min représente une moyenne de 47 secondes au tour et, en tant que record provincial, ne sera jamais battu.
Aux Jeux de 2001, à Ottawa, Rova est encore de la partie, aux côtés de Wesley Rehel, Simon Croteau et Jean-Marie Louis. Résultat : une 4e place, au pied du podium. Le chrono (3:11,12 min) est un peu moins bon qu’au Madagascar, mais c’était alors la deuxième performance québécoise de l’histoire. Il faudra attendre 21 ans pour qu’une équipe entièrement québécoise fasse mieux.
Au 4 x 100 m masculin, les résultats ont été moins bons, mais là aussi des athlètes de l’ombre se sont surpassés. Aux premiers Jeux, au Maroc, en 1989, un quatuor composé de Steve O’Brien, Robert Clarke, François Boudreault et Carlo Fleury fait bonne figure en qualification en obtenant un chrono de 40,71 s. C’est insuffisant pour aller plus loin, mais c’est tout de même un record du Québec par plus d’une demi-seconde.
En 2001, les Jeux ont lieu à Ottawa. En préparation de la participation québécoise, une équipe formée de Russell Brooks, Tanko Abass, Jarek Kulesza et Nicolas Macrozonaris pulvérise le record du Québec au Ian Hume, à Sherbrooke, le 16 juin : 40,10 s. Quelques jours avant les Jeux, dans une compétition préparatoire à Ottawa même, soit le 15 juillet, l’équipe du Québec brise la barrière des 40 secondes : 39,83 s. Il y a eu un petit changement dans la composition de l’équipe : Bruny Surin a remplacé Jarek Kulesza. Malheureusement, Bruny n’a pas couru le relais aux Jeux mêmes (il se préparait pour les Championnats du monde à Edmonton) et le relais québécois a été disqualifié en demi-finale. Le temps de 39,83 s n’a jamais été surpassé.
Les équipes féminines de relais ont été plus rares aux Jeux de la Francophonie… et leurs résultats ont pu être controversés. En 2012, le Comité des records a invalidé la marque provinciale de l’équipe du Québec aux 4 x 400 m des Jeux de Madagascar en 1997 parce que peu vraisemblable : 3:40,43 min représente une moyenne de 55 secondes, or nos filles n’étaient pas de ce calibre-là; cette performance ne pouvait donc être homologuée. Le Comité a plutôt reconnu comme record le chrono de 3:42,70 min réalisé par l’équipe du Québec aux Jeux de la Francophonie à Rabat (Maroc) en 1989. L’équipe était composée de Caroline Fortin, Isabelle Roy, Nathalie Robitaille et Renée Bélanger. Ce record a été battu en 2022 par une autre équipe du Québec, mais aux Jeux du Canada.
Les équipes du Québec aux Jeux du Canada
Les Jeux du Canada ont été une autre belle occasion pour le Québec de se faire valoir collectivement. L’esprit d’équipe aidant, la délégation québécoise a démontré à plusieurs reprises que « le tout est plus grand que la somme des parties ».
Nos équipes féminines ont particulièrement illustré cette formule, gagnant l’or au 4 x 100 m en 1981, 2013 et 2022, et au 4 x 400 m en 1981, 1989 et 2022. Chez les hommes, l’équipe du Québec est montée sur la plus haute marche du podium à deux reprises, au 4 x 100 m en 1981 et au 4 x 400 m en 2022, et elle a remporté l’argent deux fois sur le tour de piste (1993 et 2013) et une fois au 4 x 400 m (2005).
La récolte à Niagara, en 2022, a été magnifique : trois médailles d’or pour le Québec dans les relais. Du jamais vu! Et du côté féminin, deux records du Québec! Pas étonnant vu le calibre de nos sprinteuses actuelles. Au 4 x 100 m, le quatuor était composé de Jorden Savoury, Audrey Jackson, Marie-Éloïse Leclair et Audrey Leduc. Leur temps : 44,74 s. Au 4 x 400 m, il y avait Marie-Éloïse Leclair, Marie-Frédérique Poulin, Audrey Jackson et Sophie Ba, qui ont bouclé le parcours en 3:41,96 min. Au 4 x 400 m masculin, Cedrik Flipo, Micaël Anku, Zakary Mama-Yari et Olivier Desmeules ont uni leurs efforts pour inscrire le deuxième temps de l’histoire (3:10,50 min) et gagner l’or. À noter que ces quatre coureurs excellent aussi au 800 m.
À Sherbrooke, en 2013, l’équipe du Québec (Émy Béliveau, Marie-Colombe St-Pierre, Sophie Arsenault et Caroline Morin-Houde) avait aussi remporté l’or au 4 x 100 m à Sherbrooke grâce à un record du Québec de 45,74 secondes.
Scénario semblable aux Jeux de 1981 à Thunder Bay, quand l’équipe constituée de Julie Rocheleau, Carol Galloway, Susan Durrell et Renée Bélanger avait gagné l’or en 46,36 s, battant le vieux record de 47,14 s qui remontait à 1972. À Brandon en 1997, Sylvia Gaétan, Jamillah Callender, Géraldine Plissin et Nathalie Beaubrun ne remportèrent que la médaille de bronze, mais elles portèrent le record du Québec à 46,36 s.
Au 4 x 400 m, à Saskatoon en 1989, l’équipe composée de Nathalie Robitaille, Nathalie Rouillard, Isabelle Roy et Caroline Fortin vint près de battre le record du Québec établi un mois plus tôt aux Jeux de la Francophonie au Maroc : elle gagna l’or en 3:44,25 min, à deux secondes du record.
À Regina en 2005, l’équipe du Québec (Jonathan Charest, John Carle, Shane Labelle et Wesley Rehel) mit la main sur la médaille d’argent du 4 x 400 m en 3:12,83 min, 7e performance québécoise de tous les temps.
Aux derniers Jeux, à Saint-Jean (Terre-Neuve), les équipes du Québec ont obtenu des résultats moins éclatants qu’en 2022 à Niagara, mais elles ont tout de même remporté deux médailles d’argent (relais masculins 4 x 100 et 4 x 400) et une médaille de bronze (relais féminin 4 x 400). Au 4 x 400 masculin, le quatuor formé de Karim Slim, Yasser Riad, Cedrik Flipo et Mickael Allaire égalait la cinquième performance québécoise de tous les temps en 3:11,69 min.
Les équipes du Québec aux Jeux de la Légion
Jusqu’à maintenant, cette série s’est attardée à l’excellence québécoise au plus haut niveau. Mais dans le cas des relais, il faut aussi regarder du côté des plus jeunes, car le Québec a connu de beaux succès aux Jeux de la Légion, qui constituent les championnats canadiens U16 et U18. Les jeunes Québécoises et Québécois sélectionnés pour ces jeux ont toujours fait preuve d’un esprit d’équipe formidable qui s’est traduit par un tas de médailles d’or dans les relais.
On parle d’un total de 50 médailles d’or québécoises depuis 1978. C’est au relais 4 x 100 m U16 chez les filles que le Québec a connu le plus de succès, en vertu de neuf victoires, dont quatre consécutives de 1986 à 1989 et trois de suite de 2014 à 2016. Comme quoi la puissance actuelle du sprint féminin québécois était en germe depuis un bon bout de temps. En 1986 et 2015, le Québec a gagné l’or dans quatre des huit épreuves au programme. Et remarquablement, les équipes lauréates des Jeux de 2015, disputés à Sainte-Thérèse, étaient les quatre équipes féminines. Il vaut la peine d’en indiquer la composition, car certaines de nos meilleures sprinteuses actuelles étaient déjà de la partie.
Relais 4 x 100 m U16 : Chloé Royce, Tatiana Aholou, Catherine Léger, Deondra Green. Temps : 47,40 s, record du Québec U16 et record des Jeux.
Relais 1600 m medley (400-200-200-800) U16 : Catherine Léger, Chloé Royce, Deondra Green, Anne-Marie Petitclerc. Temps : 4:06,88 min, record du Québec U16.
Relais 4 x 100 m U18 : Arielle Bykovskaia-Dominique, Jorden Savoury, Ivana Nyemeck, Audrey Leduc. Temps : 47,27 s.
Relais 4 x 400 m U18 : Jorden Savoury, Marie-Frédérique Poulin, Audrey Leduc, Audrey Jackson. Temps : 3:51,32 min, record du Québec U18 et record des Jeux.
Les relais sont donc à mettre dans la colonne des forces de l’athlétisme québécois, et ce, depuis longtemps. Athlétisme Québec se doit de capitaliser sur cet actif en créant davantage d’occasions, en formant des équipes du Québec chaque fois que possible pour des compétitions nationales et même internationales. Et en faisant en sorte que nos représentants et représentantes soient toujours le mieux préparés possible.
Conclusion de la série
L’histoire montre que des athlètes québécois peuvent accéder au plus haut niveau dans presque toutes les disciplines de l’athlétisme. Il y a même eu des lignées d’athlètes d’élite dans des épreuves où les exigences techniques sont élevées, comme le saut en hauteur, la marche, le javelot et le 3000 m steeple. Malgré le passif, ces épreuves où il ne semble y avoir aucune progression et, même dans certains cas, un recul ou une stagnation à un niveau plutôt médiocre, le bilan global est stimulant.
Ce bilan est même étonnant, vu tous les obstacles qui se sont opposés à un développement systématique de notre sport. Méconnaissance de l’athlétisme dans le public et dans les médias, climat non favorable qui abrège la saison en plein air, infrastructures parfois déficientes, discontinuité de la filière scolaire (athlétisme absent au niveau collégial), concurrence de sports plus populaires et plus médiatisés, etc. En outre, le Québec n’est qu’une petite province de neuf millions d’habitants…
Il est donc fort réjouissant de voir, depuis fort longtemps, des athlètes d’ici concourir avec les meilleurs et les meilleures du monde dans des événements comme les Championnats mondiaux, les Jeux olympiques, les Jeux du Commonwealth ou les Jeux panaméricains. Ou même d’offrir une concurrence solide à l’élite des autres provinces aux Championnats canadiens ou aux Jeux du Canada. La culture anglo-saxonne avantage ceux et celles qui se développent dans des provinces comme l’Ontario et la Colombie-Britannique, lesquelles produisent, il faut bien l’admettre, davantage de champions et de championnes que le Québec. Il reste que, depuis plus d’un demi-siècle, le Québec maintient le cap : dans un terreau peut-être moins propice à l’éclosion d’athlètes de haut niveau, s’y développent des talents dans presque toutes les sphères de l’athlétisme. Il y a de quoi en être fier !
Merci à Laurent Godbout et à Félix-Antoine Lapointe, qui ont formulé des commentaires très pertinents sur ces articles, et m’ont proposé des corrections et des ajouts appropriés.