JE SUIS HEUREUX QUAND JE VOIS UNE PERSONNE COURIR
Article par Daniel Lequin
Je suis tellement heureux quand je vois une personne courir dans la rue.
Les visages changent depuis mon époque active. Les problèmes de santé ont provoqué pour moi un arrêt brusque de la pratique de cette discipline qui en quelque sorte, dictait ma façon de vivre. J’ai dû traverser une période de deuil qui n’a pas été facile et dont, encore aujourd’hui, je ressens les contrecoups.
Or, je me dis que je suis encore en vie et qu’en bout de ligne, c’est ce qui importe.
Pendant une dizaine d’années, j’ai eu le privilège d’écrire pour RDS, le Réseau des sports. En compagnie de l’animateur et ami Frédéric Plante, nous rédigions des textes sur la course à pied. Toutefois, les coupures administratives ont causé nos départs.
Je publiais en raison de deux textes par semaine et rares sont les pauses que je prenais car j’adorais tellement ce travail. Alors, vous vous imaginez la chance que j’ai eue de rencontrer de merveilleuses personnes. J’aimais écrire des histoires humaines, rencontrer des gens que la course à pied avait contribué à améliorer leur parcours de vie.
Au cours des dernières semaines, trois de ces personnes ont publié des livres sur leur expérience personnelle dans ce sport et je veux vous en parler via ce texte.
En premier lieu, il y a Josée Prévost. En plus d’écrire un papier sur sa vie, j’ai eu le privilège de courir des marathons en sa compagnie. Elle a causé une vraie révolution, particulièrement chez les femmes, dans la course à pied. Elle a mis sur pied une méthode pour initier, tout en douceur, les profanes. Elle leurs a fait comprendre le plaisir de courir sans nécessairement se mettre de la pression, respectant les capacités de chacun.
Puis, il y a Nathalie Préfontaine qui durant son adolescence, avait dû traverser des problèmes d’alimentation. L’initiation à la course à pied avait contribué à la ressaisir et à comprendre le mal qu’elle s’infligeait. Dans son livre, elle a voulu donner la chance à des adeptes de s’exprimer suite à un entretien avec elle.
Et, il y a Pierre Clermont, abusé sexuellement durant son enfance, qui s’est littéralement consacré au monde de la course à pied. Il a écrit un livre pour permettre aux éventuelles victimes d’émettre les sentiments qu’ils doivent affronter suite à ces mauvaises expériences.
Habituellement, les gens qui courent le font pour une ou des raisons personnelles. On sait ce que cette discipline peut procurer mentalement. Le danger est d’abuser des bienfaits de ces expériences, ce que je reconnais avoir fait durant plusieurs années. Ça m’a d’ailleurs causé certains problèmes.
Il n’est pas facile de contrôler cet aspect lorsque l’on tombe dans la potion magique. C’est un peu pour cette raison que j’ai voulu écrire mes trois livres sur la course à pied et je pense qu’il en est de même pour les trois personnes dont je viens de vous parler.
Courir, c’est comme un couteau à deux tranchants. En abuser peut occasionner un côté néfaste. Voilà pourquoi le dosage s’applique.
Souvent, on ne voit même pas apparaître les signes du danger. Parfois, on les voit mais on les ignore, tellement nous sommes bien dans notre peau.
Au cours de mes trente années de course à pied active, j’en ai vu des gens se blesser sérieusement et qui ne peuvent plus courir aujourd’hui.
Les expériences que l’on peut lire dans un livre sont réelles et doivent être considérées. Je pense qu’il faut les prendre au sérieux même si souvent, elles ne nous rejoignent pas nécessairement.
La vie est faite d’imprévus et le milieu de la course à pied n’y échappe malheureusement pas.
Article par Daniel Lequin