LA BATAILLE DE MANON LEROUX
Article de Daniel Lequin
LA BATAILLE DE MANON LEROUX
Lorsqu’il faut réagir subitement, les décisions doivent être prises sans panique et avec le plus grand contrôle. Oui, c’est facile à dire mais le faire, c’est autre chose.
En décembre 2023, Manon Leroux apprend que son cancer est de retour. On lui précise du même coup qu’il est incurable.
La bonne nouvelle TVA est que la progression est lente et qu’il est possible de prendre des mesures pour le contrer. Alors, Manon compose avec cette précision positive. Elle ira de l’avant.
Cette adepte de la course à pied depuis plusieurs années apprend qu’elle sera éligible pour un protocole de recherche, le RAMP 301. Je sais, ça ne vous dit rien et moi non plus. Toutefois, seulement 270 femmes dans le monde peuvent en bénéficier et Manon devient la première au CHUM.
Récemment, elle s’est livrée sur les réseaux sociaux. Elle a ébranlé le milieu de la course à pied et en particulier, ceux et celles qui la connaissent. « Depuis le 25 mars 2021, je cours et je marche cet ultra-marathon. J’ai dû affronter du vent, de la pluie, le froid, le soleil intense, des montées abruptes, des descentes infernales, des faux plats mais surtout, des paysages époustouflants. À l’image de la course à pied, j’ai atteint des profondeurs insoupçonnées. »
CULTIVER SON COURAGE
Manon ne cache pas qu’il y a eu des creux de vague, qu’elle a dû emmagasiner de nouvelles rations de courage. À maintes reprises elle a dû remonter à la surface, réveiller les sens, les bruits au loin, comme lorsque l’on sait qu’une station de ravitaillement approche sur notre parcours.
« Là, la vie s’éclate, les vortex s’enflamment, on scande ton nom, on te lance des bravos, des mains rassurantes se font sentir dans notre dos. On nous regarde dans les yeux et à ce moment, nous savons que l’on est pour ce que nous sommes. Après toute cette lumière, on doit repartir, reprendre le pas, retrouver la cadence et ingurgiter les prochains kilomètres. »
Elle sait très bien qu’elle bénéficie de ce grand privilège de choisir le sentier sur lequel se dépensera son ultra-marathon. « Dieu seul sait quand cette course aura une ligne d’arrivée, ce petit passage obligé vers l’autre grandiose. Le mot est faible pour exprimer toute ma gratitude. Depuis très longtemps, je sais que nous ne sommes jamais seules. Or, chacun de nous est seul avec sa pioche pour cultiver son courage », termine Manon dans son témoignage.
Guidée par une joie de vivre, on sent nettement tout le courage qu’elle puise au fond d’elle-même. Pas question de baisser les bras. Au contraire, elle tente de recueillir les aspects qui la mèneront vers la guérison.
ARMÉE
Même si elle se pose de nombreuses questions, elle fait fi des échos négatifs. Vous me direz qu’elle n’a pas vraiment le choix. Toutefois, tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et Manon le sait très bien.
On dirait que ceux et celles qui ont couru longtemps se découvrent des armes pour lutter contre cet ennemi féroce.
La mentalité d’un adepte de la course à pied sert, non pas seulement à compléter des distances mais aussi à rivaliser avec des adversaires qui se présentent soudainement sur notre trajet.
L’exemple de Manon n’est pas unique car on dirait que le cancer cause des ravages depuis quelques années. Il ne regarde pas l’âge ni la condition physique. Il attaque sans vraiment regarder la cible.
Bonne chance Manon et sache que l’on est plusieurs qui t’entourent dans cet ultra-marathon. En espérant que cette fameuse ligne d’arrivée se retrouvera très, très loin dans le temps.
Merci à Daniel Lequin pour cet article et à Manon Leroux pour son témoignage !
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