Les meilleures performances de tous les temps en sol québécois
Article par Denis Poulet – Merci pour sa contribution !
Il y avait autrefois des records du Québec « open ». Il s’agissait de performances réalisées sur le sol québécois par des athlètes de toutes provenances. Ces records s’opposaient aux records « natifs », réservés aux athlètes nés dans la province. Il n’y a plus de records québécois « open » de nos jours et les records de référence les plus importants sont désormais les records du Québec séniors (en fait, des records « toutes catégories ») qui ont été accomplis par des athlètes québécois, en sol québécois ou ailleurs, en vertu de certaines conditions d’admissibilité.
Pour Athlétisme Canada (AC), les records « open », ou « ouverts » en français, sont les records toutes catégories établis par des Canadiens, en sol canadien ou ailleurs. Par contre, AC reconnait toujours des records effectués en sol canadien par des athlètes de toutes provenances. Ce sont les records « all-comers ».
Records canadiens all-comers masculins
Records canadiens all-comers féminins
Ces marques sont intéressantes à analyser. Quelques constats :
- Il y a peu de Canadiens et de Canadiennes dans ces listes.
- Treize records remontent aux années 1970, réalisés aux JO de Montréal (1976) et à la Coupe du monde des nations, également à Montréal (1979).
- Vingt-quatre records, soit le tiers, ont été accomplis aux Championnats du monde tenus à Edmonton en 2001.
- Treize des 70 records ont été établis en sol québécois.
Les 13 records canadiens réalisés au Québec devraient normalement se retrouver dans des listes de records du Québec « all-comers » s’il y en avait. C’est à partir de cette base de 13 records que j’ai entrepris une recherche pour constituer des listes des « meilleures performances de tous les temps en sol québécois ».
Il était d’abord évident qu’il fallait chercher dans les compétitions internationales du plus haut niveau organisées au Québec. En réalité, il n’y en a eu que quatre : le match Europe-Amérique en 1967 dans le cadre de l’Expo (c’était à l’Autostade, où jouaient aussi Les Alouettes), la compétition internationale préolympique au parc Kent, à Montréal, en 1975, les Jeux olympiques de 1976 et la Coupe du monde des nations de 1979. Quatre compétitions à Montréal!
Évidemment, on ne parle ici que de compétitions en plein air. Dans les années 1970 et 1980, il y a eu à Montréal plusieurs matchs internationaux d’athlétisme en salle de calibre très élevé. Je me suis cependant concentré uniquement sur les performances en plein air.
En 1967, on n’avait jamais vu au Québec autant de champions et de performances remarquables, mais toutes les bonnes prestations réalisées à l’Autostade et celles, huit ans plus tard, de la compétition préolympique au parc Kent ont été effacées par les résultats aux JO de 1976.
Meilleures performances québécoises de tous les temps en plein air en sol québécois.
Chez les hommes, la moitié des 24 performances remontent aux JO de Montréal. Cela signifie par exemple que personne depuis près de 50 ans n’a couru aussi vite que le Cubain Juantorena au 400 m et au 800 m sur une piste québécoise. Même chose au 5000 m et au 10 000 m avec le Finlandais Viren. Personne aussi n’a lancé le poids et le disque aussi loin que les médaillés d’or de Montréal (l’Allemand Beyer et l’Américain Wilkins). Chez les femmes, on n’a que cinq performances sur 24 qui datent des JO de Montréal, mais six ont été réalisées à la Coupe du monde des nations de 1979, également à Montréal.
La Coupe du monde des nations était une compétition d’athlétisme par équipes dont la première édition a eu lieu en 1977 à Düsseldorf, en Allemagne. La dernière, c’est-à-dire la dixième, s’est déroulée à Athènes, en Grèce, en 2006. L’édition de Montréal en 1979 était la deuxième. Il y avait des équipes des cinq continents. Voir l’article de Wikipedia pour en savoir plus long.
Certes, la plupart des performances de ces listes sont impressionnantes, mais un certain nombre d’athlètes québécois et québécoises ont fait mieux… en dehors du Québec. Huit des 24 performances masculines et six des 24 féminines sont inférieures au record du Québec.
C’est en effet le plus souvent à l’étranger (autre province ou autre pays) que nos athlètes réalisent leurs records. Dans les listes de records du Québec seniors en plein air, 27 sur 38 ont été établis à l’extérieur du Québec chez les hommes; chez les femmes, c’est 33 sur 36. Et les records établis en sol québécois l’ont été le plus souvent dans des épreuves non classiques (1000 m, 3000 m, 30 km marche, 20 km, 100 km, etc.). Ce phénomène n’est pas surprenant : les conditions climatiques et le niveau de compétition sont généralement plus favorables à l’exécution de performances remarquables en dehors du Québec qu’à l’intérieur de la province.
Dans nos nouvelles listes des meilleures performances en sol québécois, on compte quatre Québécois du côté masculin (Surin au 100 m, Thiboutot au 3000 m, Leblanc au 20 km marche et Jobin au 50 km marche) et quatre Québécoises dans la liste féminine (Leduc au 100 m, Rouillard au 10 000 m, Poitras au 10 km marche et Drapeau au 20 km marche).
Presque toutes les performances ont été réalisées à Montréal. Deux seulement ont été faites ailleurs, soit à Québec (3000 m et 50 km marche masculins).
Quelle est la provenance des athlètes? Chez les hommes, il y a huit Canadiens, trois Américains, un Jamaïcain, un Cubain, un Finlandais, un Néo-Zélandais, un Éthiopien, un Kenyan, un Français, un Suédois, un Polonais, un Russe et un Allemand. Chez les femmes, on a douze Canadiennes, cinq Allemandes (de l’Est), une Américaine, une Japonaise, une Rwandaise, une Polonaise et une Bulgare. Une grande diversité, donc!
Que faut-il conclure de tout cela? D’abord que les meilleures performances en sol québécois, même si elles ont été réalisées il y a près de 50 ans, peuvent toujours constituer des objectifs de dépassement pour les athlètes québécois. Ensuite, que ces performances pourraient être améliorées plus souvent si le Québec accueillait davantage de grandes compétitions internationales. Mais on pourrait dire la même chose de l’ensemble du Canada.
Le portrait serait tout autre si, par exemple, une ville canadienne (ou québécoise, pourquoi pas) organisait périodiquement une compétition de la Diamond League. Ne rêvons pas en couleurs! La Classique d’athlétisme de Montréal est actuellement la compétition en plein air récurrente la plus relevée au Québec : dans nos listes, trois performances ont été réalisées à cette compétition. Les Championnats canadiens, quand ils se déroulent chez nous, donnent lieu cependant à davantage de performances de haut calibre : dans nos listes, huit performances appartiennent à cette catégorie.
Enfin, tout cela a un côté un peu poussiéreux. La moitié des 48 performances datent des années 1970 et 70 % ont été réalisées au siècle dernier. Heureusement, il y a un regain depuis le début de la présente décennie : on relève en effet huit performances depuis 2020, dont sept par des Canadiens et des Canadiennes. À quand la grande compétition internationale en sol québécois qui chamboulera tout le tableau ?
Article par Denis Poulet – Merci pour sa contribution !