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LA CROISSANCE DE L’ATHLÉTISME VÉTÉRAN : Phénomène durable ou passager? (Partie 1/2)

LA CROISSANCE DE L’ATHLÉTISME VÉTÉRAN : Phénomène durable ou passager? (Partie 1/2)

2020-05-21

Voici la première partie d'une chronique rédigée par M. Bernard Lachance, responsable FQA, développement des Maîtres, sur le « phénomène vétéran » qui sera publié à fréquence d'une section par semaine pour les deux semaines à venir.

Les quelques dernières années, notamment les 5 ou 6 dernières, nous ont montré l'ascension fulgurante de la pratique de l'athlétisme chez les maîtres (35 ans et plus) sur la planète entière. Feu de paille ou phénomène durable? Les signes observés semblent nous dire que la progression de la pratique de l'athlétisme vétéran est bel bien solidement ancrée et va continuer à croître dans les années à venir. Pour combien de temps? Difficile à dire actuellement. Selon moi, la pratique de l'athlétisme vétéran est destinée à un avenir prometteur dans les prochaines pour par la suite atteindre un plateau. Effectivement, puisque nous évoluons dans un cadre compétitif, l'athlétisme master continuera à être destiné à un nombre restreint d'athlètes à l'inverse de la course sur route récréative et de plusieurs autres pratiques sportives de masse qui sont et seront pour leur part touchées par un déclin significatif après avoir plafonné. On adhère à ces dernières en suivant une mode, on y participe quelques ou plusieurs années. Une fois que nous sommes saturés ou le degré de performance désiré atteint, on passe à autre chose car, l'envie de progresser va de pair avec un plus grand investissement en temps et en énergie. Or, de Monsieur/Madame parmi tous ceux disposés à évoluer, seuls les irréductibles s'astreignent à  persévérer dans la pratique de leur sport.

On peut  voir cette tendance à la course sur route récréative qui a décliné au niveau mondial de 13% de 2016 à 2018, tel que décrit dans l'Édition Hiver 2019 du Magazine Kmag. Plus précisément, nous comptions 9,1 millions de finissants en 2016 versus 7,9 en 2018, le tout « excluant l'élite et les courses de trail pour ne pas fausser l'étude » selon Jacob Andersen, auteur d'une étude sur la participation de la course à pied s'échelonnant de 1986 à 2018. Si les sports de compétition, incluant l'élite en course sur route (une clientèle bien différente de la masse des coureurs), connaissent aussi des variantes de participation, celles-ci sont normalement moins prononcées et tendent plutôt à augmenter très lentement au gré des années et à mesure que le sport concerné devient plus accessible. Cependant, le nombre de participants demeurera toujours plus restreint qu'un sport de masse car ses pratiquants doivent s'astreindre à une discipline d'entraînement plus rigoureuse, régulière et à une certaine abnégation qu'exige la compétition. Là aussi, il y a des défections fréquentes tout comme dans un sport de masse mais normalement elles sont continuellement remplacées par les nouvelles adhésions. Pour la suite de mon article, j'exclus la course sur route de masse pour ne traiter que de la participation des adultes d'âge master, soit de plus de 35 ans, affiliés comme athlètes compétitifs à leur Fédération nationale et qui comprend tant la course sur route chez ces derniers ainsi que les autres sphères de l'athlétisme – sauts –lancers – sprints – marche athlétique.

Il y a déjà près de 3 ans, en juillet 2017 je participais au 50e Anniversaire du Championnat américain de la USATF Masters en plein air à Bâton Rouge (LA). Marilyn Mitchell, la vice-présidente m'avait remis personnellement un petit souvenir du 50e qu'on distribuait à tous les membres (car je suis aussi membre de la USATF et j'ai également un numéro d'athlète américain). Déjà 50 ans me dis-je, 1967, Wow! J'avais 17 ans à l'époque, encore un ado hyperactif, pour ne pas dire un peu écervelé,  plus intéressé par les filles et faire la fête que par la pratique sérieuse de l'athlétisme, même si c'était mon sport préféré. Si, aidé de quelques volontaires et membres du Comité provincial des records, mes recherches sur les records passés des vétérans québécois entamées en 2014 avaient aussi piqué ma curiosité, ma participation au championnat USATF Masters 2017 fut l'élément déclencheur pour tenter d'en savoir encore un peu plus sur le phénomène de l'athlétisme vétéran.

 

 

Un peu d'histoire

Loin de vous ennuyer avec un long récit historique sur le sujet (même si j'ai fait quelques recherches, elles demeurent très sommaires), j'ai trouvé notamment intéressant de tenter de retracer des origines de l'athlétisme vétéran. Je dis bien « quelques » car j'ai limité mes recherches aux continents nord-américain et européen, question temps et intérêt, mais aussi pour la simple raison que ces deux continents semblent être les plus imprégnés d'athlétisme vétérans tant au niveau du nombre d'athlètes affiliés à leur fédération nationale, et par ricochet à la WMA (World Masters Athletics) et l'IAAF (maintenant World Athletics) que de leurs performances dans les rencontres internationales.

Si 1967 peut-être appelé l' Année 1 de l'athlétisme master américain avec l'implantation d'un championnat annuel, nul doute qu'il a fallu que le mouvement soit initié par quelques uns qui ont cru en l'aventure. Difficile de retracer le ou les fondateurs de l'athlétisme master aux USA mais, le nombre grandissant de participants au gré des quelques années précédentes a créé le besoin pour ces athlètes de se retrouver ensemble dans un événement annuel bien à eux au lieu de concourir en classe ouverte (open) avec les athlètes plus jeunes. De nos jours, on retrouve 8 championnats américains d'athlétisme USATF (USA Track & Field) Masters soit, 7 championnats régionaux regroupant géographiquement un nombre d'États limitrophes et un championnat national tant en salle qu'en plein air, en plus bien sûr des Championnats en course sur route de différentes distances, de Cross-country et de marche sur route. On peut donc dire sous toutes réserves que l'athlétisme master américain aurait germé avec le début des années 60.

Au Canada, le mouvement vétéran fut initié en Ontario et en Colombie-Britannique pour s'étendre ensuite peu à peu à l'ensemble du Canada de manière bien embryonnaire avec peu de participants et très peu de moyens à ses débuts. On doit néanmoins reconnaître que l'Ontario fut et demeure toujours jusqu'à maintenant le château-fort de l'athlétisme vétéran au Canada, suivi de la Colombie Britannique. Si les Canadiens ont débuté la pratique officieuse de l'athlétisme vétéran sensiblement à la même époque que les Américains, les débuts officiels chez nous prirent forme en 1974 avec le premier Championnat canadien qui eut lieu à Richmond, en Colombie-Britannique. L'athlétisme canadien semblant alors bien en selle, la nouvellement formée Canadian Masters Athletics Association (l'ancêtre de la CMA d'aujourd'hui), pilotée par son président Don Farquharson, fut l'hôte des premiers championnats du monde de la WAVA (World Athletics Veteran Association), l'ancêtre de la WMA d'aujourd'hui à Toronto l'année suivante, en 1975.

Si notre Continent des Amériques du nord, centrale et Caraïbes contient plusieurs îlots de talents masters, notamment les USA, Puerto Rico, Cuba,  Canada et le Costa Rica, l'Europe est, sans contredit, le Continent où l'athlétisme règne en maître au niveau master. Cependant, même sur ce continent, berceau de l'athlétisme, l'Athlétisme vétéran sous forme embryonnaire et sans structure spécifique fit son apparition à peu près à la même époque que sur le continent américain, à quelques années près.

L'athlétisme master européen structuré et organisé voit officiellement le jour en 1978 avec la fondation de l'EVAA (European Veteran Athletics Association), initiée par un Italien, Cesare Beccalli et un Suédois, Roland Jerneryd. Ceci comble un besoin criant d'organiser des compétitions pour les vétérans qui, jusque-là, assouvissaient leurs passions de compétition soit de manière informelle ou en participant en classe ouverte (open) dans des compétitions secondaires ou régionales. Le premier Championnat de l'EVAA eut lieu l'année même de la fondation de l'organisme à Viareggio (ITA) et 1193 athlètes y participèrent, nombre qui atteint 4385 en Allemagne en 2002. À compter de 1989, on y ajoute les épreuves hors-stade (cross-country, course et marche sur route) à celles de piste et pelouse, et en 1997, Birmingham (GRB) offrit la première édition des championnats en salle de l'EVAA, rebaptisée récemment l'EMA pour European Masters Athletics. 

 

À suivre la semaine prochaine

 

 

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