Top 10 québécois de tous les temps en plein air – Le sprint féminin et le demi-fond toujours en effervescence
Par Denis Poulet
Note. Les records du Québec établis cette année mentionnés dans cet article sont sujets à ratification par le Comité des records d’Athlétisme Québec.
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L’analyse des changements dans le top 10 québécois de tous les temps n’est évidemment pas l’unique moyen de mesurer la progression de notre athlétisme, mais elle témoigne, année après année, de son dynamisme au niveau de l’élite et aussi de la qualité de la relève quand on y voit accéder de nouveaux talents.
Cette année, 37 athlètes ont animé les classements, atteignant de nouveaux sommets personnels. C’est trois de moins qu’en 2025 et huit de moins qu’en 2024. On avait pu observer au cours des dernières années un regain des hommes, mais leur remontée s’est nettement arrêtée en 2026. En 2025, 21 athlètes masculins avaient fait bouger les classements, ils ne sont plus que 14 cette année, contre 23 femmes. On pourrait en déduire que notre athlétisme féminin a repris son élan, dynamisé par ses sprinteuses. On compte neuf nouvelles venues cette année, dans une belle variété d’épreuves, contre cinq nouvelles figures chez les hommes.
Nouveauté cette année, je présente un tableau de tous les changements aux classements. J’y ai inclus, pour chaque athlète, son classement précédent (2025) ainsi que sa position dans le classement canadien de l’épreuve cette année. Car c’est un autre moyen d’évaluer la progression de l’athlétisme québécois : où se situent nos meilleurs et nos meilleures en matière de performance au pays? J’y reviendrai dans un prochain article à ce sujet.
Top 10 québécois de tous les temps en plein air
Modifications 2026 au Top 10 québécois de tous les temps en plein air
Nos fabuleuses sprinteuses
Le tableau des modifications fait évidemment état de la qualité formidable de nos sprinteuses. Audrey Leduc (GATI) n’a peut-être pas battu sa meilleure marque personnelle au 100 mètres cette année, mais Donna Ntambue (MGOC), Marie-Éloïse Leclair (CSLS), Maria Thérésa Ulysse (ALAV) et Frédérique Chiasson (CAUL) l’ont fait. Marie-Éloïse a aussi atteint un sommet personnel au 200 mètres. Tatiana Aholou (CSLS), en tête du classement au 100 mètres haies, a également poursuivi sa fabuleuse progression, portant le record du Québec à 12,66 secondes le 31 mai.
Nos sprinteuses ont su briller dans les grandes occasions, particulièrement dans les relais, où leur contribution s’est avérée inestimable pour le Canada.
Mondiaux de relais, Gaborone, Botswana, 3 mai 2026
- Relais 4 x 100 m mixte : Canada médaille d’argent (Eliezer Adjibi – Marie-Éloïse Leclair – Duan Asemota – Audrey Leduc) — 40,23 s (40,7 s en qualification, record canadien)
- Relais 4 x 100 m féminin : Canada médaille d’argent (Sade McCreath – Audrey Leduc – Marie-Éloïse Leclair – Donna Ntambue) —42,17 s (record canadien)
Jeux du Commonwealth, Glasgow, Écosse, 1er août 2026
- Relais 4 x 100 m féminin : Canada médaille d’argent (Sade McCreath – Marie-Éloïse Leclair – Frédérique Chiasson – Audrey Leduc) – 42,76 s
Championnats World Athletics Ultimate, Budapest, Hongrie, 11 septembre 2026
- Relais 4 x 100 m mixte : Canada 4e (Eliezer Adjibi – Audrey Leduc – Brendon Rodney – Sade McCreath) – 40,34 s
Le sprint féminin québécois est ainsi le fer de lance de l’athlétisme québécois et même canadien. Jamais n’a-t-on vu par ici une telle concentration de talents à une même époque. Le Québec serait-il devenu la Jamaïque du Nord à cet égard?
Plourde et Caron sur des sentiers inédits
Le demi-fond reste une force majeure de l’athlétisme québécois, chez les hommes comme chez les femmes. On a pu constater moins de grands exploits dans ce domaine cette année, mais il n’en demeure pas moins que nos têtes d’affiche ont elles aussi progressé dans l’une ou l’autre épreuve.
Nos deux meilleures coureuses de demi-fond, Simone Plourde (CSLS) et Florence Caron (CAUL), se sont particulièrement signalées dans des épreuves avec lesquelles elles étaient moins familières. Le 12 avril, à Carlsbad, en Californie, Simone a remporté un 5 km international plutôt relevé en 15 min 30 s, ce qui constituait la deuxième performance québécoise de tous les temps (derrière les 15 min 16 s de la regrettée Émilie Mondor en 2004) et allait s’avérer la meilleure performance canadienne de l’année. Simone s’est également fait valoir aux Jeux du Commonwealth le 30 juillet en inscrivant un chrono de 4 min 38,50 s en qualification du mile; c’était la 3e performance québécoise de tous les temps. En finale, le 1er août, elle s’est classée 11e en 4 min 46,45 s. Aux Championnats du monde de course sur route, à Copenhague, le 19 septembre, Simone a terminé 27e au 5 km, en 15 min 46 s.
Quant à Florence, on l’a vue faire une belle percée au 10 km quand elle a gagné le championnat canadien le 23 mai à Ottawa en 32 min 32 s, 2e performance québécoise de tous les temps (derrière les 31 min 10 s d’Émilie Mondor en 2004). Florence s’est aussi attaquée au 5 km avec succès, réalisant un solide 15 min 34 s à la Clinique du coureur le 9 mai à Lac-Beauport. Elle faisait ainsi presque aussi bien que Simone un mois plus tôt et devenait la 3e Québécoise de tous les temps dans cette épreuve.
Grand remue-ménage au demi-marathon
Florence Caron a su également se distinguer au demi-marathon, où elle détient maintenant le record du Québec. C’est là l’épreuve qui, avec le 100 mètres féminin, a connu les changements les plus significatifs.
Tout d’abord, le 21 mars, à Valley Cottage, dans l’État de New York, Élissa Legault (CAUL) a fracassé le record du Québec en se classant 2e en 1 h 11 min 25 s. Florence était sur ses talons, créditée d’un temps de 1 h 11 min 49 s, nouveau record du Québec. Dans la même course, Bianca Prémont (CA3D), à l’âge de 43 ans, faut-il le souligner, terminait 8e en 1 h 13 min 30 s, ce qui lui permettait d’accéder au top 10 québécois de tous les temps, à la 7e place.
On avait désormais, dans le nouveau classement du top 10, Élissa en tête, suivie d’Anne-Marie-Comeau, ancienne détentrice du record, puis Florence. Les Championnats du monde de course sur route à Copenhague, au Danemark, le 20 septembre, allaient bousculer cette hiérarchie. Dans une compétition de calibre extrêmement élevé, remportée par la Kenyane Agnes Jebet Ngetich en 1 h 5 min 15 s, record du monde, l’Ontarienne Jadyn Keeler a été la meilleure Canadienne, se classant 16e en 1 h 8 min 3 s, record canadien. Florence Caron a terminé 42e en 1 h 11 min 3 s, nouvelle marque québécoise, tandis qu’Élissa Legault suivait, trois rangs plus loin (45e), avec un sommet personnel de 1 h 11 min 15 s.
Florence domine donc le top 10 québécois (elle était 3e en 2025), Élissa est 2e et Anne-Marie-Comeau, 3e. Au niveau national, Florence et Élissa sont 3e et 4e respectivement.
Desgagnés et Fafard ont aussi progressé
Chez les hommes, Jean-Simon Desgagnés (CAUL) et Thomas Fafard (CAUL) n’ont peut-être pas étincelé dans la spécialité qui les a vus éclore, le 3000 mètres steeple et le 5000 mètres respectivement, mais ils ont brillé dans d’autres épreuves, faisant preuve de polyvalence et d’une détermination qui a nettement enrichi leur tableau de chasse. Jean-Simon a gagné un rang au 5000 mètres en portant son record personnel à 13 min 18,67 s; il est maintenant 3e dans le top 10. Au 5 km sur route, il a gagné aussi une position, passant de la 4e à la 3e en vertu d’un chrono de 13 min 34 s à Lac-Beauport.
Mais dans cette course, il était sur les talons de Thomas, qui a gagné l’épreuve en 13 min 31 s, nouveau record du Québec qui surpassait par une seconde la marque de Charles Philibert-Thiboutot établie en 2023. Au 10 000 mètres, Thomas a gagné un rang en inscrivant un chrono de 28 min 7,37 s le 28 mars en Californie. Il est maintenant 2e dans le top 10, derrière Philibert-Thiboutot. Et il s’est également rapproché de Charles au 10 km sur route quand il s’est classé 2e du championnat canadien à Ottawa, le 23 mai, en 28 min 20 s.
Matthew Beaudet (CSLS) et Xavier Perras-Phaneuf (CSLS) complètent ce qu’on pourrait appeler notre quatuor d’élite en demi-fond masculin. Matthew, qui n’était pas classé dans le top 10 l’an dernier au 5000 mètres, occupe maintenant la 5e place de l’épreuve en raison de son chrono de 13 min 32,24 s à Bruxelles le 23 mai. Au 5 km sur route, il a gagné deux places (de 6e à 4e) en vertu d’un temps de 13 min 49 s à la Clinique du coureur le 9 mai. Pour sa part, Xavier, qui n’apparaissait dans aucun classement du top 10 en 2025, est maintenant 10e au 5000 mètres (13 min 44,69 s) et 8e au 5 km (14 min 11 s).
Il faut enfin signaler, en demi-fond, la progression de Kevin A. Robertson (CSLS) au 3000 m steeple, qui est passé de la 10e place à la 6e en vertu d’un chrono de 8 min 34,87 s le 4 juillet en France. L’épreuve reste toutefois largement dominée par Jean-Simon Desgagnés, qui a réalisé cette année deux solides performances, soit 8 min 14,85 s et 8 min 16,04 s, sans toutefois battre son record du Québec de 8 min 13,11 s, qui remonte à 2024.
Belle surprise à la perche
C’est une progression extraordinaire. En 2024, Gabriel Genest (COCH) avait atteint 4,70 mètres (en salle), puis, en 2025, 5,05 mètres (en plein air). Cette année, à 19 ans seulement, le voilà à 5,15 mètres (en salle) le 21 février, puis à 5,22 mètres le 3 juin, et à 5,41 mètres le 27 juin, nouveau record du Québec. Il battait en effet par 1 centimètre la marque détenue par François Thénault depuis 27 ans. Gabriel a aussi conquis les titres de champion canadien junior et sénior, soit dit en passant! Pas mal pour le jeune homme.
Certes, le niveau canadien n’est pas très fort depuis la retraite de Shawnacy Barber en 2019. Le sauteur ontarien détient les records canadiens sénior (6,00 m en 2016), U23 (5,93 m en 2015) et U20 (5,71 m en 2013), et il a été champion du monde en 2015. Pourtant, 5,41 mètres, ce n’est pas de la petite bière. C’était la 7e performance canadienne junior (U20) de tous les temps. Gabriel devra évidemment faire preuve d’une plus grande régularité dans les nouvelles hauteurs maintenant à sa portée, mais tous les espoirs sont permis.
En tout cas, Gabriel a un peu redoré le blason masculin des sauts cette année. Il n’a aucun rival au Québec, et rien n’a bougé ailleurs, ni à la hauteur, ni à la longueur, ni au triple saut.
Brio de Lorenzo, Tejiofo et Akono Yao dans les sauts
Chez les femmes, Marguerite Lorenzo (CSLS) a consolidé sa 1re place au saut en hauteur en portant son record québécois à 1,89 mètre. Mais c’est le vide derrière elle actuellement.
À la longueur, une belle surprise : Fiola Tejiofo (CAUL) a bondi à 6,33 mètres aux Championnats provinciaux, c’était le troisième saut le plus long de l’histoire pour une Québécoise (Carole Galloway a fait mieux à deux reprises : 6,36 m en 1983 et 6,46 m en 1985). Fiola avait dépassé les 6 mètres pour la première fois l’an dernier (6,02 m), elle a réussi un bond de 6,08 mètres le 3 juillet à Québec, puis ce formidable 6,33 mètres le 25 juillet. C’était aussi la 4e performance canadienne de l’année.
Au triple saut, Samira Akono Ayo (ALAV) a surgi à la 4e place du classement de tous les temps grâce à un bond de 12,23 mètres à Ottawa le 21 juin aux Championnats canadiens à Ottawa. Cette performance lui valait la médaille d’argent.
Les sœurs Miranda de plus en plus fortes
Dans les lancers, où le niveau général n’est pas très fort, reconnaissons-le, les sœurs Tcheutchoua (LSCA), Miranda et Aisling, se distinguent au marteau par leur progression constante. Miranda a enfin atteint les 60 mètres (60,32 m le 28 mars), mais elle reste 4e dans le top 10. Elle est par ailleurs 5e au Canada dans le classement de cette année. Pour sa part, Aisling est une nouvelle venue dans le top 10, où elle apparaît à la 6e place en vertu de son jet de 58,67 mètres à Québec le 3 juillet.
De son côté, Efe Latham (LSCA) a légèrement progressé en portant son record personnel au lancer du poids à 15,78 mètres. Elle est ainsi passée de la 7e à la 6e place dans le top 10 québécois de tous les temps.
Chez nos lanceurs, seul Charles-Édouard Hamon (CAUL) a réussi un record personnel dans le top 10. Il s’est approché sérieusement des 70 mètres au javelot quand il a réussi un tir de 69,29 mètres aux Championnats canadiens, à Ottawa, le 20 juin. Bien que modeste, cette performance lui valait la médaille de bronze et lui permettait de gagner un rang, de 5e à 4e.
Clémence Lavoie meilleure heptathlète de l’année
Dans les épreuves combinées, rien à signaler au décathlon masculin, mais chez les femmes, à l’heptathlon, Clémence Lavoie (ALAV), qui n’était pas classée dans le top 10 l’an dernier, a surgi à la 4e place, résultat de sa performance de 5183 points à Laval le 31 mai. Clémence, qui n’a que 19 ans, a aussi gagné le championnat national U20 à Ottawa le 20 juin, mais il lui a suffi de 5103 points. Dans le classement canadien de cette année, elle est 9e. Noémie Chopin (CAUL), 18 ans, une autre nouvelle venue dans cette épreuve, est maintenant 10e en vertu de son résultat de 5066 points au championnat canadien U20. C’était un score modeste, mais il lui a valu la médaille d’argent.
Année encourageante, mais pas éclatante
Somme toute, c’est une année que l’on pourrait qualifier d’encourageante, sans être pour autant éclatante. Moins de nouveaux venus et de nouvelles venues signifie peut-être que la relève est plus faible, mais historiquement, il y a toujours eu des creux, puis des éclosions surprenantes. Par ailleurs, c’est la stagnation dans plusieurs épreuves et, dans certaines, depuis plusieurs années. Ainsi, rien n’a bougé dans les classements des épreuves suivantes :
- Hommes : 200 m, 400 m, mile, 3000 m, demi-marathon, marathon, 20 km marche, 400 m haies, 3000 m steeple, hauteur, longueur, triple saut, poids, disque, marteau et décathlon
- Femmes : 400 m, 800 m, 1000 m, 1500 m, 3000 m, 5000 m, 10 000 m, 400 m haies, perche, disque et javelot
On notera qu’il y a davantage d’inertie chez les hommes que chez les femmes.
Quels progrès en dix ans?
Au printemps dernier, j’avais présenté une analyse comparative des 10e performances en 2016 et 2026 dans le top 10 de tous les temps en salle. J’ai fait de même pour le top 10 en plein air.
Dixièmes performances comparées 2016-2026 dans chaque épreuve
Les gains sont en général minimes, ce qui signifie que notre athlétisme progresse, mais lentement. Ils sont plus importants en demi-fond et en fond, et, dans certains cas, spectaculaires, comme, chez les femmes, cet écart de 6 minutes 39 secondes au marathon et de plus d’une minute au 3000 mètres steeple. Dans les mêmes épreuves du côté masculin, on relève des progressions de 58 secondes et 13,84 secondes respectivement.
Dans quelques épreuves, il n’y a aucune progression, comme au 400 m masculin et, du côté féminin, à la hauteur, à la perche et au javelot.
Certaines épreuves ont donc franchement progressé, tandis que d’autres semblent figées depuis trop longtemps. C’est sans doute là le principal enseignement de ce bilan : le Québec dispose de pôles d’excellence bien réels, mais il devra élargir cette dynamique s’il veut transformer quelques élans remarquables en progression d’ensemble.
Note. Il est possible que les classements en plein air bougent encore d’ici la fin de 2026. Plusieurs courses sur route sont au programme de l’automne auxquelles vont certainement participer des coureurs et des coureuses du Québec. S’il y a lieu, une mise à jour sera publiée à la fin de décembre.